Et si 2020 ouvrait la décennie d’un tourisme lent, de proximité et de sens ?

le tourisme lent ou comment préserver les territoires

Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat au Tourisme l’a annoncé la semaine dernière,

« le tourisme ne pourra reprendre que de façon concentrique dans un premier temps, avec une clientèle d’ultra-proximité »

Déclaration à l’Assemblée Nationale le 29 avril 2020

Quand on sait que le secteur du tourisme représente 10% du PIB français et 12% des emplois, que la France attire chaque année 90 millions de visiteurs étrangers, on comprend combien cette annonce fait l’effet d’un choc. Et la prévision d’un « retour à la normale » n’est pour l’heure pas envisagée, si ce n’est envisageable ! Cette annonce a une résonance toute particulière chez nous en Nouvelle-Aquitaine, qui est la 2ème région la plus visitée par les français, avec un secteur qui représente 8% du PIB régional.

Dans ce contexte, à quoi pourraient ressembler nos vacances, ou du moins pour ceux qui auront la chance de pouvoir en prendre ? Quelles seront les propositions des opérateurs de tourisme et de loisirs ? Quelles seront les demandes et les envies des vacanciers, touristes et habitants ? Et si ce voyage en terres intérieures était l’opportunité de revisiter le tourisme « domestique », de créer de nouvelles dynamiques territoriales ?

Voyage en terres intérieures, le nouvel eldorado ?

Et si 2020 ouvrait une nouvelle ère du tourisme en France : celle du tourisme lent, de proximité, de sens. Non seulement parce que les nouvelles contraintes sanitaires nous y obligent mais surtout parce que c’est peut-être la seule voie possible pour continuer à concilier solidarité et développement équilibré des territoires, bien être et qualité de vie des populations et préservation des ressources.

Tout d’abord qu’entend-on par tourisme de proximité et slow tourisme ? Le premier est un tourisme comme son nom l’évoque qu’on pratique près de chez soi. Le second est un tourisme alternatif, qui s’inspire du mouvement gastronomique Slow Food, mouvement incitant les gens à ralentir leur rythme de vie, à renouer avec le plaisir de manger, le goût et la santé par l’équilibre alimentaire. Le slow tourisme [1] ou tourisme lent vise lui à découvrir un territoire en prenant son temps, en se laissant imprégner de la nature environnante, en privilégiant les rencontres. Apparue au début des années 1990, cette tendance se confirme depuis 2010 et propose une approche plus écologique et solidaire du voyage ou des vacances.

Alors, si les deux termes ne sont pas synonymes, ils sont pour le moins très complémentaires. Le slow tourisme permet sans aucun doute de redécouvrir son territoire, de réinventer notre rapport à la proximité. Il propose de changer de point de vue et de donner un sens à ses vacances. Il va jusqu’à nous permettre de devenir touriste chez soi, à quelques kilomètres de son domicile.

Et si cet été, après le premier périmètre de 100 km autorisé à partir du 11 mai, nous ne serions pas autorisé à quitter la Nouvelle-Aquitaine ? Nous serions bien chanceux de tous les atouts que nous offre notre belle Région, qui fait la taille, ne l’oublions pas, de l’Autriche !

Prendre le temps d’en apprécier la diversité des paysages et d’en mesurer la vulnérabilité pour être à même de mieux la protéger, c’est somme toute un beau programme et est une nécessité.

Car comme nous l’a très bien démontré Hervé Le Treut et la mission Néo Terra[2] , entre océan, montagnes et campagnes, la région Nouvelle-Aquitaine est l’une de celles où le réchauffement climatique est le plus marqué et les défis d’adaptation qui sont les nôtres réclament une mobilisation de tous. Au cœur du programme d’actions se placent l’engagement citoyen et la sensibilisation à la préservation de l’environnement.

Quels sont les rôle et responsabilité du secteur du tourisme dans ce nécessaire travail de sensibilisation et de transformation de la société ?

visite de Darwin Bordeaux, un eco système alternatif

L’office de tourisme de Bordeaux Métropole s’engage dans la certification ISO 20121 « destination internationale durable ». Le Région Nouvelle-Aquitaine a placé l’exemplarité environnementale et l’équilibre territorial au cœur de sa stratégie tourisme. Elle entend donc devenir la 1ère destination touristique durable de France.

Ainsi, au vu de l’urgence climatique, sociale et économique, et des nouvelles contraintes sanitaires qui s’imposent à nous, ne serait-ce pas le moment pour les opérateurs de tourisme et de loisirs de réinventer leurs offres à l’aulne de ce nouveau paradigme. Ils n’en seront certainement que plus résilients.

C’est le choix que nous avons fait en créant www.bienvenueencoulisses.com il y a 3 ans et en faisant le choix de mettre à l’honneur les entreprises et organisations engagées dans des modèles de production plus respectueux des hommes et de la planète.

On a revisité le tourisme de découverte économique ou tourisme de savoir-faire pour s’orienter vers un tourisme de découverte de l’économie positive. Les entreprises que nous faisons visiter ont compris qu’au-delà de la valorisation de leur savoir-faire, en expliquant l’adaptation de leurs modèles d’organisation et de production, elle sensibilise leurs clients, leurs futurs collaborateurs, leurs parties prenantes aux enjeux de transition.

Loin de s’en tenir aux seuls volumes de fréquentation des visiteurs, elles sont attachées à partager leur vision, leurs métiers, l’impact de leur activité, positif ou négatif, la manière dont elles essaient de faire mieux, si ce n’est moins pire, n’hésitant à partager leur vulnérabilité. Elles prennent le temps d’accueillir les visiteurs et placent le dialogue au cœur de leur démarche. Elles ont compris que derrière le touriste et le consommateur, se cachait un habitant, un citoyen, voire demain un futur collaborateur qui avait soif d’en savoir plus sur la manière dont les biens et les services qu’il consomme au quotidien sont fabriqués.

Alors quand on voit comment nous plébiscitons les plateformes de commerce en circuit-court depuis le début du confinement, nul doute que nous avons envie d’utile, de sincérité, de transparence, de nous sentir solidaires. Le tourisme de proximité c’est un peu le circuit-court du tourisme.

Des pistes pour un tourisme durable et solidaire

Je vous propose quelques pistes qui nous inspirent au quotidien, et qui permettront aux visiteurs de passer au scope de cette nouvelle tendance leurs vacances et aux professionnels du tourisme et du loisir, leur proposition de valeur :

  • Prenons le temps de la découverte en tant que visiteur et le temps de l’accueil et du dialogue en tant que professionnel,
  • Expliquons notre raison d’être, soyons sincères et authentiques dans notre démarche et donnons envie aux visiteurs et clients de s’engager à nos côtés,
  • Reconsidérons notre rapport au voyage à l’aulne de nos vrais besoins, n’est-ce pas le chemin plus que la destination qui fait le voyage !
  • Proposons en tant que professionnel, un autre récit du voyage, faisons évoluer les représentations sociales pour sortir du tourisme de masse et favoriser ainsi un équilibre territorial et la préservation du cadre de vie des habitants,
  • Enfin arrêtons de vouloir visiter le Top 5 des lieux incontournables quel que soit le lieu où nous nous trouvons, soyons curieux… Ayons l’envie et donnons l’envie de découvrir les multiples facettes de la France et de la Nouvelle-Aquitain (en ce qui nous concerne), qui regorge de lieux encore isolés et jouissant d’une biodiversité incroyable !

Bref, les ingrédients d’un tourisme de proximité, de sens, solidaire, lent et engagé ! Oui à un tourisme fait par et pour ses habitants, avec l’ensemble de ses acteurs économiques et les associations de protection de l’environnement notamment. Les initiatives et les labels existent mais sont encore trop confidentiels. Soyons plus nombreux à emboîter le pas de cette transformation[3] et donnons plus de visibilité à toutes ces démarches. Visiter pour comprendre et protéger, voilà un beau programme d’été !

Et peut être qu’un jour, pour décrire la place du tourisme dans notre société dans un article comme je viens de le faire, nous n’indiquerons plus le PIB comme indicateur repère, mais un indicateur d’impact qui nous en dira bien plus de l’apport du tourisme dans notre qualité de vie.

[1] Ghislain Dubois, « le long chemin vers le tourisme lent » dans Tourisme Espaces – mars 2009

[2] La feuille de route régional pour une transition énergétique et écologique a été adoptée le 19 juin 2019 https://www.neo-terra.fr/

[3] Lire à ce sujet le manifeste pour un plan de transformation du tourisme, proposé le 28 avril 2020 par les Acteurs du tourisme durable http://tourisme-durable.org/actus/item/1226-atd-publie-un-manifeste-pour-un-plan-de-transformation-du-tourisme

Cette tribune a été publiée dans La Tribune Bordeaux le 7 mai 2020. Retrouvez la en ligne.

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